Conflits de la hanche

Le conflit fémoro-acétabulaire résulte d’anomalies morphologiques provoquant un contact anormal entre le fémur et l’acétabulum. On distingue trois types : l’effet came (excès osseux fémoral), l’effet tenaille (sur-couverture acétabulaire) et la forme mixte. Le diagnostic repose sur la radiographie standard et l’IRM. Le traitement varie de la kinésithérapie aux infiltrations, jusqu’à la chirurgie arthroscopique ou ouverte dans les formes sévères.

Qu’est-ce qu’un conflit fémoro-acétabulaire de la hanche ?

Le conflit antérieur de la hanche est caractérisé par un contact anormal entre des zones du cotyle et de la tête fémorale. Il survient chez l’adulte jeune, et souvent sportif, et est responsable de la survenue d’une arthrose précoce.

Il en résultera une zone de souffrance localisée sur le cartilage et le labrum. Cette anomalie peut siéger soit sur la tête fémorale il s’agira alors d’un effet came, soit sur le rebord antérieur du cotyle, il s’agira alors d’un effet « tenaille ».

Les différents conflits de hanche

Le conflit par effet came

Il s’agit d’un défaut de sphéricité de la tête fémorale. Il existe un défaut de courbure de la tête dans la partie antérieure créant une « véritable bosse » qui va entrer en conflit avec le cotyle, créant ainsi une zone de souffrance cartilagineuse, à l’origine de l’apparition de véritables clapets cartilagineux.

L’étiologie de ce trouble reste incertaine, mais peut-être «une épiphysiolyse silencieuse » :  principale cause d’arthrose de hanche du sujet de moins de 50 ans (environ 40 %).

Le conflit par effet tenaille

L’anomalie siège au niveau du cotyle par une proéminence du rebord antérieur. Cela entraîne un contact anormal entre le rebord antérieur du cotyle et la tête fémorale.

Cette anomalie peut-être due,

  • à une rétroversion du cotyle,
  • à une proéminence du rebord antérieure
  • à une coxa profunda.

Il existera une souffrance du labrum dû à sa compression entre le col fémoral et le cotyle.

Le conflit mixte

Dans certains cas particuliers, un conflit mixte peut être diagnostiqué. Comme son nom l’indique, il s’agit de l’association entre le conflit par effet came et le conflit effet tenaille.

Qui sont les personnes à risque ?

Le conflit fémoro-acétabulaire touche principalement les adultes jeunes et actifs, avec une apparition des symptômes entre 25 et 35 ans. Les déformations anatomiques constituent le principal facteur de risque, qu’il s’agisse de dysplasie de hanche, de rétroversion acétabulaire, de coxa profunda ou de séquelles de pathologies pédiatriques comme la maladie de Perthes ou l’épiphysiolyse.

Certaines pratiques sportives augmentent considérablement le risque en sollicitant la hanche de manière intensive ou en amplitude extrême. La danse classique, la gymnastique, les arts martiaux, mais également le football, le hockey, l’aviron et la course à pied intensive exposent particulièrement les athlètes. L’hyperlaxité ligamentaire favorise également le conflit en permettant des positions articulaires extrêmes.

Enfin, certaines maladies spécifiques comme les pathologies génétiques du tissu conjonctif (syndrome d’Ehlers-Danlos) ou l’ostéochondromatose synoviale prédisposent au développement de ces conflits. Les sportifs de haut niveau présentant des anomalies morphologiques préexistantes représentent la population la plus vulnérable.​​​​​​​​​​​​​​​​

Quels sont les symptômes d’un conflit fémoro-acétabulaire ?

Il s’agit d’une douleur de hanche, siégeant au niveau du grand trochanter ou des adducteurs, survenant après un effort sportif. Elle va commencer progressivement, engendrant une gêne surtout en flexion. Au début, le diagnostic est souvent, à tort, une tendinite des adducteurs.

La marche est le plus souvent normale, mais parfois on note une très légère boiterie.

Dans les deux cas, les patients présentent un test de conflits positifs (« impingement test») avec une douleur provoquée en flexion, rotation interne et adduction.

Dans les conflits par effet came

La flexion de hanche est limitée ainsi que la rotation interne à 90° de flexion. La survenue est souvent plus précoce vers 30 ans, et touche plus les hommes.

L’anomalie est bilatérale une fois sur deux même si une seule hanche est symptomatique.

Dans les conflits par effet tenaille

Les amplitudes sont mieux conservées et plus longtemps. Sa survenue est plus tardive, vers 40 ans, et touchera plus les femmes. La douleur est plus aiguë survenant après un effort physique.

Si la clinique n’est pas claire, un bloc test par injection de xylocaïne permettra d’affirmer l’origine articulaire de la douleur.

Dans conflit fémoro-acétabulaire mixte

Le conflit mixte associe les manifestations des effets came et tenaille. La douleur inguinale mécanique constitue le symptôme principal, déclenchée par la flexion de hanche (position assise prolongée, montée d’escaliers, sortie de voiture). Elle peut irradier vers la cuisse antérieure ou la région trochantérienne.

Les patients décrivent une limitation fonctionnelle progressive dans les gestes quotidiens nécessitant une flexion importante : lacer ses chaussures, s’asseoir en tailleur, couper les ongles des pieds. Des ressauts, claquements ou sensations de blocage accompagnent fréquemment les mouvements.

L’examen clinique révèle un test de conflit antérieur positif : la flexion à 90° associée à une rotation interne et adduction reproduit la douleur. La rotation interne est limitée. Sans traitement, l’évolution conduit vers des lésions cartilagineuses irréversibles et une coxarthrose précoce.

Quels examens sont nécessaires au diagnostic ?

Le diagnostic du conflit fémoro-acétabulaire repose sur une démarche d’imagerie progressive et complémentaire.

Radiographies standards

Les clichés radiographiques constituent l’examen de première intention.

Le bassin de face et le faux profil de Lequesne permettent d’identifier les anomalies morphologiques caractéristiques : l’effet came se manifeste par une perte de la concavité du col fémoral, tandis que l’effet tenaille révèle une sur-couverture acétabulaire.

Les angles de Wiberg et les indices acétabulaires sont mesurés pour quantifier ces déformations. Ces radiographies détectent également les signes précoces d’arthrose.

IRM

L’imagerie par résonance magnétique représente l’examen de référence pour évaluer les lésions des tissus mous. Elle visualise avec précision les atteintes du labrum acétabulaire, les lésions cartilagineuses débutantes et l’œdème osseux sous-chondral.

L’arthro-IRM, réalisée après injection intra-articulaire de produit de contraste, améliore la sensibilité diagnostique pour les déchirures labrales et les défects cartilagineux.

Arthroscanner

Le scanner avec injection intra-articulaire constitue une alternative à l’arthro-IRM, particulièrement performant pour l’analyse des lésions labrales et cartilagineuses. Il offre également une excellente définition des structures osseuses et permet une reconstruction tridimensionnelle utile à la planification chirurgicale.

Arthroscopie diagnostique

L’arthroscopie, technique mini-invasive sous anesthésie, permet une exploration directe de l’articulation. Elle constitue aujourd’hui exceptionnellement un examen purement diagnostique, mais s’avère d’emblée thérapeutique lorsque les lésions sont confirmées par l’imagerie préopératoire.

Les traitements du conflit de hanche

La prise en charge thérapeutique varie selon le type de conflit et l’importance des lésions associées, privilégiant initialement une approche conservatrice avant d’envisager la chirurgie. Les traitements associent souvent prise en charge médicamenteuse, rééducation et si besoin chirurgie.

Conflit par effet came

Le traitement médical repose sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes pour contrôler la douleur.

La rééducation vise à renforcer la musculature péri-articulaire, améliorer la stabilité de hanche et corriger les déséquilibres posturaux, tout en évitant les mouvements déclenchant le conflit. L’adaptation des activités sportives est essentielle.

En cas d’échec du traitement conservateur, la chirurgie arthroscopique permet de réséquer l’excès osseux au niveau de la jonction tête-col fémorale (ostéoplastie fémorale) et de traiter les lésions labrales et cartilagineuses associées. Dans les cas complexes, une chirurgie ouverte par luxation contrôlée peut être nécessaire.

Conflit par effet tenaille

L’approche médicale est similaire avec anti-inflammatoires et infiltrations.

La kinésithérapie se concentre sur le renforcement musculaire et l’amélioration de la mobilité en évitant les amplitudes extrêmes.

Le traitement chirurgical consiste en une résection du rebord acétabulaire excédentaire (acétabuloplastie) associée à une réparation ou régularisation du labrum lésé. L’arthroscopie est privilégiée pour les sur-couvertures modérées.

Conflit mixte

Le traitement médical combine anti-inflammatoires, infiltrations et parfois injection de viscosupplémentation. 

La rééducation doit être particulièrement progressive et adaptée, associant travail musculaire, proprioception et correction posturale globale.

La prise en charge chirurgicale est plus complexe, nécessitant le traitement simultané des deux composantes : ostéoplastie fémorale pour l’effet came et acétabuloplastie pour l’effet tenaille. L’arthroscopie permet généralement cette double correction en un seul temps opératoire, avec traitement des lésions labrales et cartilagineuses.

Les formes sévères avec déformations importantes peuvent nécessiter une chirurgie ouverte combinée, voire exceptionnellement des ostéotomies complexes.

L’arthroplastie totale de hanche : quand est-ce nécessaire ?

Lorsque le conflit fémoro-acétabulaire a évolué vers une coxarthrose avancée avec destruction cartilagineuse importante, les chirurgies conservatrices ne sont plus indiquées.

L’arthroplastie totale de hanche devient alors le traitement de référence. Cette situation survient soit en cas de diagnostic tardif avec lésions arthrosiques constituées d’emblée, soit après échec d’une chirurgie conservatrice chez des patients présentant des lésions cartilagineuses déjà trop évoluées au moment de la première intervention.

Le remplacement prothétique permet de restaurer une fonction articulaire satisfaisante et de soulager durablement la douleur. Chez les patients jeunes et actifs, cette évolution vers la prothèse souligne l’importance capitale d’un diagnostic et d’un traitement précoces du conflit, avant que les lésions cartilagineuses ne deviennent irréversibles.

Suivi postopératoire

Quel que soit le type de conflit, la rééducation postopératoire est cruciale, débutant par une mobilisation passive précoce puis progressive reprise d’appui et renforcement musculaire.

La récupération complète nécessite généralement 4 à 6 mois, avec retour au sport adapté entre 6 et 12 mois selon l’activité.

Les résultats chirurgicaux sont d’autant meilleurs que les lésions cartilagineuses sont minimes, soulignant l’importance d’un diagnostic et d’un traitement précoces.​​​​​​​​​​​​​​​​

FAQ

Retrouvez les réponses aux questions les plus fréquemment posées sur la prise en charge des conflits de la hanche.

Le conflit fémoro-acétabulaire correspond à un frottement anormal entre la tête du fémur et le bassin lors des mouvements. J’observe souvent ce phénomène chez des patients jeunes et actifs. Ce contact répété peut progressivement abîmer le cartilage et le labrum.

La douleur se situe le plus souvent dans l’aine, parfois irradiant vers la cuisse. Je constate également une gêne lors des mouvements de flexion ou de rotation, notamment en position assise prolongée ou lors du sport. Une diminution des amplitudes est fréquente.

Dans un premier temps, je privilégie un traitement conservateur avec rééducation et adaptation des activités. Cela permet parfois de soulager durablement les symptômes. La chirurgie est envisagée uniquement si la gêne persiste malgré une prise en charge bien conduite.

Sans prise en charge, le conflit peut entraîner des lésions du cartilage et du labrum. À terme, cela favorise l’apparition d’une arthrose précoce de la hanche. C’est pourquoi un diagnostic et un suivi adaptés sont essentiels.

chirurgien orthopédique

Docteur Jacques Lenfant

Je suis chirurgien orthopédiste spécialisé dans la prise en charge des pathologies de la hanche, du genou et de l’épaule. J’accompagne mes patients de la première consultation au suivi post-opératoire avec rigueur et bienveillance.

  • Ancien Interne des Hôpitaux de Paris
  • Membre de la Société Française de Chirurgie Orthopédique
  • Membre de la Société Française d’Arthroscopie
  • Membre de l’American Academy of Orthopedic Surgeons